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1er NORMANDIE CLASSIC RALLY PDF Imprimer
Écrit par Patrick DECOEN   

Ecrit par Bernard LEFEVRE copilote de la DAF 66 Marathon

 

Encore une belle aventure rocambolesque, partagée avec Yves, ce 1er rallye de Normandie ! C'est vrai que la saison hivernale me parait toujours longue. L’entremet de l'Eure d’Hiver où je n’ai que regardé les copains rouler, n'avait que renforcé ma faim. C'est Yves, aussi affamé que moi, qui m'a convaincu de tenter l'aventure comme copilote sur sa DAF.

L'aventure a commencé dès notre arrivé à Caen, vendredi en fin d’après-midi, pour les vérifications habituelles. Yves démarre la voiture, encore sur le plateau, pour la faire chauffer pendant que je tente de faire fonctionner, vainement je dois avouer, le feu de position arrière gauche.

En descendant du plateau la voiture cale... Yves donne un coup de clef de contact... rien !

Un autre... à peine entendons-nous le relais du démarreur coller.... Rien de plus !

Vraisemblablement le démarreur est en fin de vie. Le problème, c'est que la DAF fonctionne avec un Variomatic, un système de transmission très original à courroies. Inutile donc de la pousser pour essayer de la démarrer, c'est peine perdue. Pas de démarreur, pas de rallye !

Après plusieurs tentatives, le moteur s'ébroue enfin. Nous filons alors faire l'étalonnage et le plein en espérant ne pas caler... De retour, nous présentons la voiture pour les sommaires vérifications techniques et brancher le mouchard Tripy... qui ne s'allume pas ! Il nous faudra remonter et décortiquer la ligne d'alimentation, faite en partie avec du fils de bâtiment de récupération, jusqu'à la batterie, pour trouver en tout 4 cosses mal serties, donc à faux contacts, noyées dans du scotch d'électricien. Un stagiaire agricole roumain aurait fait aussi bien, je pense.

"Bah oui mais... tu sais, ça tient quand même comme ça depuis des années" m'avoue Yves.

"Bon d'accord... je vais revoir ça pour la prochaine fois"

Incroyable ! Une GT 40, une vraie... La Mini est peut-être plus frêle, mais elle ira au bout du rallye. La GT40 ne fera même pas une étape...

Les moyennes des ZR avait été données au moment des vérifications administratives. Alors en fin de soirée à l'hôtel, tranquillement allongé sur le lit, je mémorise les 34 moyennes dans l'eTrip, notre tripmaster-cadenceur. C'est doux la vie du rallye-man moderne en ancienne ! Pendant ce temps Yves fait une prière pour que la DAF démarre le lendemain matin. Voilà déjà une veille de rallye bien remplie !

Benoît cogite une stratégie de course dans la 944 Turbo Cup de Didier CORVI.

Après le rapide briefing de Jean-Pierre Hermand notre GO, le départ est donné aux 51 concurrents à 8h30 le samedi matin, sous un ciel uniformément gris et bas. Il faut plusieurs tentatives pour que le démarreur veuille bien se réveiller, et la DAF a fini par démarrer. En prévision des démarrages à venir, je garde à portée de main une grosse clef à molette, ça peut servir...

La deutsche qualitat a aussi ses problèmes... Ils ne pourront pas prendre le départ de la 1ère étape, eux. Nous, si ! Démerde française...

Rapidement nous sortons de Caen pour nous diriger vers le sud, vers la suisse normande et la vallée de la VIRE. Il a beaucoup plu en Normandie la semaine passée. Les champs et les prairies sont gorgés d'eau. Les rivières s'étalent amplement dans les vallons. Les températures fraiches n'ont pas permis de sécher toute cette humidité ambiante. Les routes sont donc mouillées, sales et grasses, c'est un régal de sentir la DAF se dérober du train arrière. Yves veille au grain et nous épargnera notamment une sortie de route, qui aurait pu être catastrophique, en maitrisant un joli tête à queue dans un droite serré, entre le trou d'un côté et les arbres de l'autre. Il y a beaucoup d'intersections et de changements de direction, ça tourne finalement beaucoup et il y a même un peu de dénivelé. Je ne voyais pas la Normandie sous cet angle.

Curieusement le rallye est découpé en de nombreuses étapes plus ou moins longues. Nous commençons par une séquence de 26 Km, suivi d'une petite pause, puis une autre étape de 45 Km, pause, une autre étape de 34 Km, encore une pause, et enfin 32 km jusqu’à la fin de la matinée et le déjeuner. Peut-être est-ce une manière de réguler le rallye. Chaque étape contient au moins une Zone de Régularité. Le roadbook me parait plutôt simple. On y trouve du fléché métré ou pas, des directions à prendre ou pas, quelques cases mélangées ou en miroir. Les distances sont carrées, les dessins sont fidèles, nous ne relèverons qu’une ou deux pétouilles de roadbook, sans guère d’importance, sur l’ensemble du rallye. La difficulté de navigation est identique dans les ZR, il faut donc y être particulièrement vigilant. Rien de vraiment difficile sommes toutes. La difficulté est dans le rythme : soutenu ! Les moyennes des étapes sont entre 40 et 50 Km/h. Il ne faut donc pas trainer, jamais ! Une hésitation sur une note, la vérification d'une distance, et ce sont des minutes qu'il est difficile de rattraper par la suite. Le retard au TIP est pénalisé de 10 pts par minutes, 60 pts à un CH, et le CP coute 240 pts. Heureusement l'heure de départ à une ZR n'est pas pénalisante, nous pouvons réguler en bonne et due forme, à charge de rattraper notre retard après la ZR. Mais il ne faut quand même pas rouler trop vite dans les rares villages traversés, parfois limité à 30. Le système Tripy est un efficace radar, et le gendarme du rallye ne se privera pas de punir les contrevenants par une pénalité de 200 pts à chaque excès de vitesse ! Et effectivement Yves ne s'en privera pas...

Les belges Thirion, père et fille, au départ d'une pause.

Dans la 2ème ZR de cette matinée, sur un 4 routes où il nous fallait chercher un nom de route, Yves lève le pied... et le ralenti étant un poil bas, la DAF cale !

Silence de mort dans la voiture.

Un coup de clef de contact... clic...Le démarreur refuse tout service, impossible de repartir. Yves réessaye mainte fois... clic... clic... clic...rien !

"Mer... !!!... Dans une ZR, en plus ! " Yves est désespéré.

"Ouvre le capot " Dis-je.

Je sors de la voiture, empoigne la grosse clef à molette, et cogne sur le démarreur, logé sous l'échappement brulant.

" Allez vas-y Yves.... Lance ! "

Au bout de plusieurs tentatives, le moteur repart. Enfin nous pouvons repartir ! Mais quand je regarde le cadenceur, je constate que nous avons plus de 2000m de retard. C'est foutu pour cette ZR, nous prendrons trois lourdes pénalités forfaitaires !

Pause près d'un curieux et austère château.

Arrivé au restaurant du déjeuner, pas très loin de Vire, quelque peu déçu de cette mésaventure en ZR, Christophe Berthelot, qui copilote son épouse dans une 924, nous demande :

"Dites-moi, les gars... quand on vous suivait, pourquoi vous n'avez pas pris la pince après la case miroir ? "

" Quoi ?.... Que... quelle pince ?... Mais où ça ?! ...Nous n'avons pas vu cette pince ! "

Nous avions bien anticipé cette case miroir, mais pas vu la pince qui verrouillait le piège, la seule pince de la matinée. Il faut dire que les pinces étaient sûres de bien petits panneaux de la taille d'une grosse main, certes jaune fluo, mais guère visible. Nous étions 5èmes à ce moment du rallye.

Le coin des mamies anglaises. Beaucoup de classe !

Nous repartons en début d'après-midi pour remonter vers Caen en 3 étapes de 57, 64 et 36 km, toujours sur le même rythme rapide. Nous sommes souvent en retard aux TIP et au CH, il en sera ainsi sur tout le rallye. Un long fléché allemand de 14 km se passera sans difficulté dans la 1ère étape. Nous pinçons à la fin.

" Haaa.... C’est ça une pince ?!... "

La 2ème étape est encore plus rapide. Nous sommes encore et toujours en retard. Parfois la voiture cale, mais on prend nos habitudes : si elle ne redémarre pas tout de suite, je descends avec la clef à molette chatouiller le démarreur. Une fois que le moteur tourne, je me réinstalle, m'harnache, reprend ma tablette de copilote... et parfois, la voiture cale à nouveau ! On éclate de rire. Je ressors donc avec la clef à molette... Pendant ce temps le chrono tourne. Heureusement ça ne nous arrivera plus en ZR, c'est un moindre mal. Arrivé au CH, je vois qu'il nous manque une case par rapport aux cartons des copains. Aie ! Je m'inquiète auprès de Benoît, il roule avec Didier Corvi sur une belle 944 Cup, il me liste les rares CP.

"Le G.… il était dans un décomposé. Il y avait un photographe " me dit-il.

"C'est ça !... Nous avons bien fait le décomposé, mais les yeux attirés par le photographe qui était au milieu de la route, nous n'avons pas vu le CP. Mer... ! "

Il y a eu quelques éclaircies le samedi après-midi.

Enfin la dernière étape de la journée est une longue carte muette en 3 segments sur une feuille recto-verso, dont un en miroir. Sur une intersection nous prenons à droite "serré" sur une départementale. Mais un kilomètre plus loin je vois que ça ne correspond pas, nous revenons. On cherche, on tourne, on refait même un segment, mais il y a quelque chose qui nous échappe... le temps passe. Et presque par hasard, à cette même intersection, Yves remarque une petite route entre deux maisons. C'est celle-ci que nous cherchons ! Nous terminerons sans autre encombre mais avec 24 minutes de retard au CH, c'est beaucoup. Au samedi soir, nous sommes 7èmes, Benoît nous passe devant. Les deux premier, la BMW des belges Servais-Vinette et la Porsche des Berthelot, sont séparés de seulement 4 points sur un total de plus de 1800. C’est serré pour la victoire et ça « chambre » entre les français et les belges au diner.

La reine des rallyes et l'autre là...

Départ dimanche matin à 8h30. Nous partons cette fois vers la mer, par Courseulles et Arromanches.  La météo ne s’est pas améliorée, le plafond est bas, il a plu dans la nuit et elle menace toujours. La voiture a eu beaucoup de mal a démarrer, il a fallu encore jouer de la clef à molette...

La 1ère étape est courte, 26 Km, menée tout aussi sportivement. Hélas, sur une erreur de note de ma part, nous devons faire un demi-tour dans la ZR. Nous mettrons beaucoup de temps à nous recaler, avec à la clef deux contrôles de régularité sévères. Et toujours ce retard au TIP et au CH… Pire, nous hésitons sur un quitté-droite, à distance où « il en manque un peu ». Plutôt que de reprendre la distance, comme des débutant nous continuons en notant le CP, qui sera faux bien évidement. Curieusement les Berthelot feront exactement la même erreur, en se disant exactement la même chose « Mais qu’on est c…! »

La 2ème étape est plus longue : 58 Km, c’est le plat de résistance de la matinée, et encore plus rapide : 45 Km/h de moyenne. On y trouve notamment un jeu de piste éprouvant de 32 cases mélangées. Puis nous traversons Arromanches très rapidement (Trop !) noyé dans un train de concurrents.

Admirez les teintes des années 60-70 de cette élégante Pagode. Je ne parle bien évidement pas du machin rouge dans le fond.

Au 2/3 de cette étape nous arrivons à un contrôle humain où on nous remet une carte. Nous avons 4 minutes pour tracer le parcours avec le roadbook : une succession de 10 cases avec des points de niveaux, au plus court. Pas si simple, la carte n’est pas très bien reproduite (c’était peut-être voulu…) et il y a une multitude de côtes de niveaux. Nous nous y mettons tous les deux. Il y a une dizaine de voitures arrêtées, il pleut des cordes, ça fume dans les habitacles… Le tracé fini par se dessiner petit à petit, nous reprenons la route au bout de longues, longues minutes. Bien sûr ce bout d’étape est à faire en régul ! La moyenne est très difficile à tenir : 48 Km/h, sauf dans un village traversé à 40 ! Il pleut toujours, les routes étroites sont très sales, les flaques d’eau cachent les trous, la gadoue dans les cordes est piégeuse, la DAF tape dans les ornières, glisse au freinage et dans les virages, on pourrait se croire à Bastogne il y a 2ans.

Soudain une pince, au milieu d’un bas-côté, en ornières dues aux passages des précédent concurrents, noyé de boue ! Heureusement qu’une voiture y était arrêtée sinon jamais nous ne l’aurions vue.

« Curieux cette pince en ZR » me dit Yves « On est sûr de notre coup ? »

Je vérifie rapidement encore une fois… Je suis bien calé à la position sur la carte, je vois précisément où nous sommes et nous sommes bien sur le parcours que nous avons tracé. Nous prenons donc la pince pour continuer. Tout en guidant Yves, je pointe sur le roadbook les cases avec les côtes d’altitude.

« Case 8 : Côte 75… on passe ! »

« Longue longue courbe droite… et attention pour ce gauche qui referme… »

« Case 9 : Côte 83… c’est fait ! »

« Dans 200m environ, on cherche un quitté-droite qui ouvre… »

« Case 12 : Côte 79… c’est bon… Quoi ? Comment ça, case 12 ?? » Je me demande.

… et je me mets littéralement et nerveusement à manger le roadbook.

« Ho Put….! Yves, les cases sont mélangées ! Les côtes de niveaux que nous avons utilisées ne sont pas dans le bon ordre »

Il faut s’arrêter et reprendre le tracé. Heureusement dans notre malheur ça ne joue que sur une courte partie de ce tracé, une boucle à faire dans le sens inverse auquel nous l’avions fait. D’où la pince. Nous faisons demi-tour et reprenons le bon parcours.

« Et tout ça dans une ZR… » se lamente Yves « Mais ils sont fous à l’organisation ! » On en rit, ça a du bon la folie. Nous croisons beaucoup de voitures. Beaucoup de monde se fera piéger dans ce clou du rallye, le classement va être bouleversé. Nous arrivons enfin à une pause bien méritée, toujours sous la pluie. Le buffet, installé dans une ancienne grange, est un festival de cochonnailles bien ragaillardissantes, arrosé de cidre, local bien sûr.

 

La dernière étape de ne sera qu’une formalité, mais à 49 Km/h de moyenne quand même ! Nous hésitons au CH final qui nous parait douteux avec les panneaux règlementaires à gauche et des voitures qui font demi-tour. Mais nous sommes trop suspicieux, en fait il y a un CH pour les « Régul » et un CH pour les « Navigation ».

 

De retour au camp de base de Caen, nous chargeons la voiture sur la remorque avant d’aller au déjeuner. Nous y apprenons alors que l’étape dantesque de la matinée est annulée. Tant pis. Notre sort était déjà jeté, on ne prétendait pas à une bonne place de toutes façons, mais j’aurais été curieux du mouvement de position dans les cinq premiers. Et finalement les Berthelot remportent le rallye devant la BMW belge. Les Wante complètent le podium, Benoît et Didier en restent au pied. Nous sommes 8èmes, un peu déçus, on aurait tellement aimé garder notre 5ème place de samedi matin.

 

Même si les déconvenues électriques de la voiture et nos déboires de navigation nous ont importuné, Yves et moi avons adoré ce rallye. Le parcours est magnifique, les nombreuses routes de cette région se prêtent parfaitement aux rallyes de navigation, particulièrement dans cette suisse normande. Jean-Pierre Hermand a su tracer en évitant au maximum les villages, nous faisant découvrir la profondeur de cette campagne. Le roadbook est quasi parfait, pas très difficile (hormis cet épisode de carte en ZR…) Il faut juste bien gérer le temps. Les conditions glissantes ont grandement participé au plaisir de rouler dans cette DAF qui commence à prendre une tournure intéressante. J’ai hâte d’être au Vexin !

Mise à jour le Vendredi, 20 Mars 2020 13:49
 
 
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